On s’habitue à tout… ou presque

Au cours d’un récent retour au pays, j’ai subi avec plaisir l’assaut des questions sur mon expérience en Chine. On m’a le plus souvent demandé si je m’habituais à la nourriture, à la foule, au climat et au fait que les Chinois crachent partout. La réponse est : oui. Il paraît que l’être humain s’habitue à tout, même aux conditions les plus tordues. Je ne sais pas ce qu’il en est et je ne suis pas sûr d’avoir envie de tout vérifier, mais je vous confirme qu’on peut s’habituer à la Chine. Et il n’est rien de tel qu’un aller-retour rapide dans son pays d’origine pour apprécier ses propres décalages.

Passées les premières semaines à Shenzhen, il devient terriblement banal, par exemple, d’habiter au 29e étage. Mieux, cela devient strictement invisible. Vous rentrez chez vous tous les soirs, vous montez dans l’ascenseur, vous appuyez sur le 29 (entre le 31 et le 27 dans l’ascenseur qui dessert les étages impairs), vous attendez quelques dizaines de secondes, et voilà. Devant les mines horrifiées des Français à qui j’expliquais ça, il m’a fallu faire un effort pour me souvenir que moi aussi j’avais trouvé ça extraordinaire en arrivant. Je suis même allé chercher la vidéo (moche) ci-dessous, prise depuis la fenêtre du salon, pour me rappeler qu’il n’est pas anodin d’habiter à cette hauteur.

La vue depuis la baie vitree du salon, finalement si banale... notez, en haut de la première image, le technicien en train de réparer une pompe à chaleur.

La vue depuis la baie vitrée du salon, finalement si banale… notez, en haut de la première image, le technicien en train de réparer une pompe à chaleur.

On sait qu’on s’habitue à Shenzhen quand, en arrivant à Paris, on s’étonne de voir des stations de métro toutes petites, des trottoirs tout tassés et des magasins minuscules, et qu’on se prend à trouver tout cela assez mignon. C’est également l’occasion de se rendre compte que l’on s’adapte aux nuisances particulières de son environnement. Le bruit gargouillant d’un Chinois se raclant le fond de la gorge avant de tout balancer sur le trottoir ne me fait plus ciller. C’est dégoûtant, mais banal. En revanche, la blitzkrieg auditive d’un scooter parisien démarrant en trombe me donne désormais des envies de lancer des briques dans les gencives du conducteur inconsidéré qui vient de me détruire les tympans. A Shenzhen, les deux-roues sont tous électriques et c’est très bien.

On sait qu’on s’habitue à Shenzhen quand, en descendant de l’avion du retour, on est content de se faire assaillir les narines par cette odeur indéfinissable, un peu doucereuse, qui semble caractériser l’Asie du Sud-Est. La première fois, on se demande ce que c’est. L’odeur n’est pas désagréable, mais franchement inconnue et donc vaguement inquiétante. Comme toutes les odeurs « de fond » (Paris sent la poussière, Londres sent la friture), c’est une odeur que le cerveau fait disparaître au bout de quelques secondes, remplacée par des sensations plus immédiates et plus « utiles ». Cette fois, je savais à quoi m’attendre et j’ai pu profiter de ces quelques secondes de lucidité olfactive qui m’indiquaient que j’étais bel et bien rentré. J’attendais également avec curiosité le moment de sortir de l’aéroport climatisé pour replonger (littéralement) dans l’ambiance de sauna à ciel ouvert du mois de juin en Chine méridionale. On prend de plein fouet l’épaisseur presque palpable de l’air chaud et humide, et ce n’est pas désagréable. On transpire dès le premier pas, mais c’est moelleux.

On sait qu’on s’habitue à Shenzhen quand, deux jours après son retour, lors d’un dîner au restaurant avec des amis chinois, on attaque sans hésiter un repas composé notamment de pattes de canard (pas les cuisses, le reste des pattes), de pieds de porc, ainsi que de boyaux de vache découpés en lanière et servis avec une sauce vinaigrée. Ce dernier plat a un drôle d’aspect alvéolé, et est excellent. Au moment de ce repas, je me suis dit que j’étais désormais parfaitement acclimaté : je pouvais désormais manger de tout sans peur ni reproche. Victoire !

La Chine a cependant ceci de particulier qu’elle vous proposera toujours quelque chose pour vous rappeler que malgré tous vos efforts, vous ne vous habituerez jamais à tout. Anecdote à suivre.

Photos de nourriture, parce qu’on ne s’en lasse pas. Le truc en nid d’abeilles, c’est de la tripe de vache. Je crois. Ça pourrait bien être du dessous de bras de requin, pour ce que j’en sais. Quoi qu’il en soit, c’est très bon.

Photos de nourriture, on ne s’en lasse pas. Le truc en nid d’abeilles, c’est de la tripe de vache. Je crois. Ça pourrait bien être du dessous de bras de requin, pour ce que j’en sais. Quoi qu’il en soit, c’est très bon.

Le week-end du 21 juin, c’était le festival des Bateaux-Dragons et comme toute fête traditionnelle en Chine, c’est surtout l’occasion de faire des grandes bouffes. Nous fûmes invités par un couple d’amis chinois à partager le diner familial, préparé par les parents, et comportant comme de coutume une bonne dizaine de plats dans lesquels tout le monde pioche gaiement. Apres avoir testé divers plats de légumes et de poisson, tous succulents, et alors que tout le monde devisait sans me prêter attention, j’ai attaqué le plat de viande central. C’était très bon. Une viande légèrement fumée, assez souple, mais pas identifiée. J’ai demandé innocemment au papa ce que c’était, il a répondu quelque chose que je n’ai pas compris, mais qui a eu un effet formidable. Tous les yeux se sont soudain fixés sur moi, avec des expressions allant de l’amusement à l’affolement. Gardant mon calme, j’ai demandé la traduction. On a refusé de me la donner, j’ai insisté. On a fini par me dire que c’était du chien.

Le papa me regardait toujours avec un sourire aimable, mais mon appétit avait soudainement flanché. On m’avait pourtant dit qu’on ne mangeait pas ou plus de chien en Chine. Je me tournai vers la coupable qui m’avait donné cette information fallacieuse, pour me rendre qu’elle avait elle aussi attaqué un morceau sans savoir ce que c’était et qu’elle essayait désormais de se débarrasser discrètement de son bout de clébard en le glissant dans mon bol, avec un air affolé. Dur. Les gens me regardaient toujours, donc j’ai décidé d’assumer. J’avais trouvé ça bon avant de savoir ce que c’était et je ne voulais pas décevoir mes hôtes, alors j’ai fini ce qui me restait sous le regard ravi du papa cuisinier, en me jurant que c’était la première et dernière fois qu’on m’y prenait.

Les chiens sont plutôt mes copains d’habitude, et je n’ai pas pour habitude de boulotter mes potes. J’avais donc l’estomac et la conscience un peu lourds en sortant du repas. Sortant nous promener pour digérer tranquillement, nous tombâmes (bam !) sur un jeune chiot et sa maman. Je passai donc dix minutes à jouer avec, espérant rétablir quelque peu mon karma vis-à-vis de la race canine.

Morale du jour : en Chine, veillez à ne pas confondre habitude et témérité. Vous aurez beau faire le malin, vous ne serez jamais au niveau.

Deuxième morale du jour : ne faites pas forcément confiance aux Chinois pour vous expliquer la Chine. Ils sont souvent aussi mal renseignés que vous.

Photo de nourriture, encore. Le jeu de la semaine : un de ces plats contient votre animal de compagnie préféré. Saurez-vous le retrouver ?

Photo de nourriture, encore. Le jeu de la semaine : un de ces plats contient votre animal de compagnie préféré. Saurez-vous le retrouver ?

N.B. Toutes mes excuses pour la mauvaise qualité des photos, prises au vol avec le médiocre appareil photo de mon portable.

On s’habitue à tout… ou presque

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