Pékin – carnet de voyage

Comme pas mal d’entre vous le savent, je rentre d’un voyage qui m’a emmené en Normandie (où il y avait un mariage), puis aux abords du lac de Garde en Italie (où il y avait un mariage), et enfin dans le nord de la Chine à Qinhuangdao (où… bref). Pour rejoindre ce dernier endroit, il fallut faire une escale à Pékin. Et puisqu’on est à Pékin, autant s’arrêter quelques jours pour visiter, non ?

Pékin, cela ne vous aura pas échappé, est la capitale de la République Populaire de Chine. Avant l’installation du régime actuel en 1949, la ville fut également choisie comme capitale par tout un annuaire de dynasties impériales. Ainsi, Pékin est au centre de la vie politique, culturelle et économique de la Chine depuis à peu près huit cent ans. Son nom chinois est d’ailleurs Beijing (北京), la “Capitale du Nord”, ce qui dit à peu près tout. Il est des villes qui ont un destin de grandeur et qui le portent sur elles ; Pékin est de celles-là, à la différence, par exemple, du village de Mouais qui n’est toujours pas convaincu par sa place dans l’Histoire.

De ses huit cents ans de gloire centrale, Pékin a hérité une impressionnante liste de monuments parmi les plus célèbres du monde. La Cité Interdite, le Temple du Ciel et la place Tian An Men se trouvent toujours en plein cœur de la ville ; la Grande Muraille serpente dans les montagnes à quelques encablures de là. Cette richissime histoire doit évidemment jouer des coudes avec la modernité chinoise galopante qui engloutit tout sur son passage. Les derniers hutongs, quartiers populaires traditionnels, résistent encore et toujours aux bulldozers des faiseurs de gratte-ciels – mais la lutte paraît trop déséquilibrée.

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Voyager en Chine, c’est compliqué. Ici, le tableau indicateur des trains à la billetterie de la gare centrale de Pékin.

 

Pékin est aujourd’hui un monstre urbain, comme il sied à la capitale de la Chine qui avance : 21 millions d’habitants, 15 lignes de métro et une nouvelle ligne par an prévue en moyenne dans les années à venir, 5 périphériques construits successivement en cercles de plus en plus larges pour rattraper la ville partant au galop dans toutes les directions. Le gigantisme semble être une sorte de hobby local. Les fameux monuments du coin suivent la même tendance. Bâtiments impériaux ou constructions récentes, ils sont tous énormes, et remplis de gens.

Pékin est aussi tristement célèbre pour sa pollution atmosphérique. Tous les ans, des pics de pollution se produisent pendant les froides journées d’hiver, engluant les habitants dans une invraisemblable purée de crasse cancérigène. Chance, je m’y trouvais au cours de trois belles journées d’été. Le ciel presque bleu en journée attendait le soleil couchant avant de prendre de douces nuances de marron et de gris, pour un niveau de pollution maximal à peine quatre fois supérieur au seuil d’alerte parisien. On peut légitimement se demander comment font les fumeurs dans cette ville : se griller une clope à Pékin, c’est un pari osé, un peu comme tenter une soirée raclette dans un sauna.

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Attention : sous cette apparence de gentil blob se cache un redoutable opéra.

 

Bon, et cette visite, alors ? Je ne disposais que de quatre jours sur place. Selon l’usage, le premier jour fut rituellement sacrifié sur l’autel du grand Décalage Horaire. Cette divinité traditionnelle du voyage intercontinental se trouve bien peu sollicitée aujourd’hui, dans ce monde de religions sérieuses et intransigeantes. Alors elle trompe l’ennui en jouant des tours au voyageur qui se pique d’aller un peu trop loin, un peu trop vite. Elle lui instille des impressions étonnantes, comparables à un début de grippe ou à une ivresse frelatée – l’euphorie en moins. Le voyageur se trouve soudain confronté à une crise de sieste avec endormissement immédiat et non négociable. Celle-ci s’impose à la façon d’un piano tombant du 3e étage, et toujours dans les moments les plus inopportuns – par exemple quand on se trouve dans le métro de Pékin, debout. Rien de tel que de se réveiller en sursaut avec un gémissement de surprise alarmée (quelque chose comme : « gnééah !? ») au moment où les genoux flanchent, et se trouver alors suspendu par sa main droite restée accrochée à la poignée de maintien du métro.

Le deuxième jour fut plus productif, et m’amena le long de la grande rue Qian Men, artère historique du centre de la ville. Comme tant d’autres lieux touristiques chinois, la rue a été « rénovée » (comprendre : reconstruite) afin d’accueillir un maximum de boutiques, de restaurants prétendument typiques, et d’enseignes de fast food internationales. Cette avenue quelque peu déprimante s’ouvre sur l’immense place Tian An Men qui, bien qu’impressionnante par sa taille, n’est pas très réjouissante non plus. Beaucoup de barrières et de policiers, des entrées et sorties strictement encadrées, un couvre-feu à la tombée de la nuit. Autour de la place, les énormes bâtiments du pouvoir central chinois, et les non moins énormes mais plus élégantes « portes » impériales, dont la Porte de la Paix Céleste (天安门, Tian An Men) qui donne son nom à l’endroit, surmontée de son gigantesque portrait de Mao.

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Il veille.

 

Le troisième jour fut bien meilleur, passé sous un soleil rôtisseur dans les cours et les palais monumentaux de la Cité Interdite. L’axe central du complexe, où se trouvent les principaux bâtiments, est pris d’assaut par les touristes. Il est en revanche assez facile de s’échapper vers les bâtiments et jardins secondaires situés de part et d’autre pour trouver un peu plus de sérénité. Les bâtiments sont magnifiques mais assez vides. En effet, pendant la guerre civile chinoise, qui a opposé les communistes aux nationalistes, ces derniers, sentant que ça n’allait pas bien finir pour eux, ont vidé toute la Cité Interdite et ont emmené le trésor avec eux dans leur retraite sur l’île de Taiwan. Il s’y trouve encore, dans le Musée National du Palais.

Dans les murs majestueux mais vides de Pékin, on compense en présentant des collections historiques de céramique, sculptures et autres calligraphies. Les pièces proviennent de toute la Chine et ne sont pas forcément liées au site, mais l’ensemble est bien mis en valeur, et, étonnement pour la Chine, c’est de bon goût. Finalement, la Cité Interdite est avant tout remarquable par (comme d’habitude) son étendue hallucinante, et le nombre invraisemblable de cours et de palais qu’elle contient. Au milieu de toute cette grandeur imposante, on trouve des îlots de vraie grâce, comme les Jardins Impériaux, qui forment la dernière partie du site et qui sont probablement des havres méditatifs une fois que les portes sont fermées et que les touristes sont partis.

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Sur un plafond de la Cité Interdite, ce dragon est si expressif qu’il pourrait parler. Etant donné qu’il a une lampe dans la bouche, il ne pourrait cependant dire que « aaaaagh ».

 

Enfin, le quatrième jour fut réservé au blockbuster du tourisme chinois : la Muraille. Celle-ci, on vous l’a dit, est Grande. Il en existe donc de nombreuses sections, et il faut savoir laquelle visiter. La plus populaire s’appelle Badaling, et c’est apparemment un épouvantable presse-touristes. Le deuxième choix (le mien) est une section appelée Mutianyu, et c’est beaucoup mieux. La Muraille y est bien proprement entretenue et aménagée, mais le tintamarre commercial est tenu à distance respectable, et la nature environnante est splendide. La Muraille serpente pour de vrai sur les crêtes des collines très escarpées recouvertes d’une épaisse forêt. Pour peu qu’on y soit suffisamment tôt pour éviter la foule, l’endroit donne l’impression satisfaisante d’être tout à fait à la hauteur des millions d’images publicitaires qu’on en a vues.

La pollution pékinoise semblait être restée sur la plaine, et le ciel au-dessus des collines était d’un bleu éclatant. Dans cette partie de la Chine, il fait sec. On y trouve de nombreux pins, qui en été donnent une odeur très sympathique, mais vaguement déplacée. En effet, l’auteur sait parfaitement faire la différence entre la senteur du varech et celle du pin maritime, et jusqu’à présent cette dernière se rencontrait exclusivement autour de la Méditerranée. Cette odeur méditerranéenne arrivée au milieu des collines de Chine me fit faire de drôles de raccourcis mémoriels, et me laissa avec une géographie olfactive enrichie mais déboussolée. Ce sont les risques du métier.

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La Grande Muraille en version champêtre. Le secret de l’invasion mongole de 1215 : ils avaient des taille-haies.

 

Après une bonne grimpette qui fit le tri parmi les touristes, la fin de la section aménagée était marquée d’un panneau « Ne pas dépasser », qui, inévitablement, invitait à continuer. Ayant vu quelques aventuriers sauter allègrement le muret pour continuer la balade, je suivis. Et bien m’en prit. Le chemin de ronde devint plus inégal et souvent encombré de végétation. Pressant le pas, je rattrapai rapidement mes éclaireurs, et me retrouvai seul au milieu des jasmins en fleur qui explosaient de part et d’autre du Mur. La magie commençait sérieusement à prendre. A l’issue d’une dernière pente raide et glissante à cause des pierres descellées, j’arrivai au point culminant local de la Muraille, pour un panorama grandiose partagé avec un aimable randonneur chinois. Je disposai de dix minutes environ de pur bonheur, avant de voir arriver les premières grappes de touristes marcheurs que j’avais dépassés en route. J’étais parti à l’aube, j’avais marché à toute vapeur pour avoir la paix, et je l’avais eue.

Il était temps de redescendre tranquillement vers le point de départ, et de reprendre un bus pour Pékin. Bus qui se trouva pris dans les bouchons et qui mit trois heures au lieu de deux pour me ramener, mais qu’importe.

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Pékin – carnet de voyage

2 réflexions sur “Pékin – carnet de voyage

  1. Joubert dit :

    Je l’attendais avec impatience …. toujours aussi délectable.
    Lecture qui me rappelle le plaisir ancien des plongées dans l’univers de Pagnol ou Durrell. Mélange dans ces récits de moments de vie, de descriptions évocatrices, de touches d’humour explosives et de langue superbe.
    A.J

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  2. OlivierV dit :

    Pendant ce temps-là, je mange des chips et du saucisson Justin Bridou en regardant l’Euro. Un peu de poésie et d’évasion, ça fait du bien !
    J’ai bien rigolé aussi notamment en imaginant les Terribles Mongols.

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