Une journée à Macao (texte et photos)

Petit tour, court récit et photos d’une journée à Macao, l’ancienne colonie portugaise posée de l’autre côté du delta de la Rivière des Perles. L’endroit a beaucoup de similitudes de façade avec Hong Kong : une longue histoire européenne, un retour à la Chine à la fin des années 1990, et un statut assez autonome dans la République Populaire de Chine. Mais la comparaison s’arrête là. Macao est un autre ornithorynque géographique, plus petit, plus ancien, plus tordu.

Macao fut sans contestation le premier point de rencontre important entre l’Occident et la Chine. Les Portugais s’y sont installés dès le XVIIe siècle, et la ville compte encore de nombreuses et belles constructions tricentenaires – principalement des églises. Avec ses maisons portugaises aux façades et aux volets colorés, ses petites places cachées et ses allées piétonnes, la vieille ville de Macao est franchement jolie. S’y balader donne réellement l’impression au voyageur d’être rentré juste à temps pour ses vacances estivales dans le sud de l’Europe. Mention spéciale au musée de la ville situé dans l’ancienne forteresse, qui met bien en valeur la riche histoire de l’endroit. En dehors de la vieille ville, c’est bien sûr la ville chinoise qui domine, avec ses bâtiments grisâtres des années 1970, extraordinairement tassés. Pas très joli, mais l’ambiance est sympathique, et la nourriture tient son rang. Cette partie-là, en effet, ressemble à un petit Hong Kong.

L’autre aspect frappant de Macao, ce sont ses casinos. L’industrie du jeu constitue la principale source de revenus de la ville depuis des décennies. Elle a connu un coup d’accélérateur prodigieux dans les années 2000, grâce à l’arrivée massive de joueurs chinois et à l’ouverture d’immenses nouveaux casinos sur un bout d’île artificielle créé pour l’occasion. En 2013, les casinos de Macao ont fait six fois plus d’argent que ceux de Las Vegas. Le côté sombre de l’histoire, c’est que les salles de jeux V.I.P. de Macao ont notoirement servi de « blanchisseries » à de nombreux dignitaires et industriels chinois enrichis de façon douteuse. Depuis le lancement d’une vaste campagne anti-corruption en Chine, les bénéfices ont dégringolé… mais pas de panique. Si les ultra-riches préfèrent aller jouer ailleurs, Macao peut toujours compter sur l’inépuisable réserve des joueurs chinois du dimanche qui viennent toujours remplir les salles de jeux. Allons voir ça de plus près.

On arrive en bus, avec les touristes chinois, au milieu d’un délire de complexes hôteliers tous plus extravagants les uns que les autres. Tant qu’à faire, nous visons le plus gros. C’est le Venetian, énorme truc de quarante étages entouré de véritable kitsch pseudo-italien. On entre en shorts et baskets. Oubliez le glamour de James Bond à Monte-Carlo, ici c’est une usine à roulette (et pas à roulettes, sous peine de tomber dans le lac artificiel creusé autour). On est immédiatement assailli par une marée de lumières clignotantes, de bruits et de plastique doré. Des milliers de joueurs se trouvent dans la salle du casino, dont la taille défie l’entendement. Il y a peu de tables avec croupier, mais une infinité de machines.

On tente 30 dollars de Hong Kong (environ 3,5€) dans une roulette automatisée, on les perd, et on s’en va dignement pour explorer le premier étage. On y trouve une galerie marchande colossale avec toutes les marques habituelles, autour d’un authentique faux canal vénitien, avec des gondoliers qui chantent O Sole Mio et des projecteurs qui installent une douce lumière de fin d’après-midi sur un faux ciel. On ne peut pas s’empêcher de rester bouche bée. C’est monstrueux, dans tous les sens du terme. Dans le style « abrutissement de masse », c’est un fleuron, et ça vaut le coup d’être vu. La foule se presse dans les boutiques, prend des photos et s’offre un carnage à la carte bleue. Tout va bien. Sortons.

Décidément, Macao vaut le détour. Les casinos semblent sortis d’un mauvais film de science-fiction politique, qui aurait poussé un peu loin l’idée « catastrophe consumériste et perte de sens individuelle ». La vieille ville, elle, semble plutôt tirée d’un chouette vieux roman d’aventures avec des épopées improbables. Il suffit de bien mélanger, et on passe une très bonne journée.

Une journée à Macao (texte et photos)

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